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Dans la deuxième circonscription du Doubs ce dimanche, c’est un face-à-face qui s’annonce entre Dominique Voynet (« Nouveau Front Populaire ») et Éric Fusis (« Rassemblement National ») après le retrait de Benoît Vuillemin (« Ensemble »). Au cœur de ces listes et candidat·e·s, le Ch’ni vous propose un panorama synthétique de ce scrutin.

Une ancienne ministre pour le bloc de gauche
Son retour dans l’arène politique locale a été la grande surprise de ces échéances, après plusieurs années de relative discrétion. Candidate des Verts aux présidentielles de 1995 et 2007, Ministre de l’environnement et de l’aménagement du territoire de 1977 à 2001, sénatrice de 2004 à 2011, maire de Montreuil de 2008 à 2014, Dominique Voynet incarne, aussi, dans le souvenir de bien des comtois·e·s, la bataille contre le projet de grand canal Rhin-Rhône, à la fin des années 1990-début des années 2000. Un cursus qui impressionne, se cumulant au surplus à la force de l’union des gauches désormais incarnée par le « Nouveau Front Populaire » ; avec une première place à 34,16 % des voix, elle est considérée comme la favorite de ce second tour.

«  En ville, le Nouveau Front Populaire se maintient très bien. Mais il y a une fracture entre cette zone et les villages, y compris dans la deuxième circonscription du Doubs. En ruralité, il n’y a plus d’agents du service public sur place et les gens sont nombreux à ne plus avoir accès à leurs droits parce que trop isolés et sans moyen de communication moderne. Une rancœur grandit au fil du temps, l’erreur de la gauche est de ne pas y avoir répondu. J’ai mené la campagne comme je le devais, je compte particulièrement sur le sens des valeurs démocratiques de nos concitoyen·e·s. Je ne peux être leur rempart que s’ielles se dressent, afin d’empêcher la constitution d’une majorité absolue d’extrême-droite à l’Assemblée » nous a t-elle notamment confié.

À l’extrême-droite, le choix d’un candidat plus confidentiel
Pour le « Rassemblement National », c’est Éric Fusis qui a été désigné. L’ancien militaire et gendarme de réserve est un militant lepéniste de longue date, ayant été jusqu’ici en charge du « Département Protection Sécurité » (DPS) sur le Doubs. Un service d’ordre accusé d’être davantage une milice, qui fut épinglé dans un rapport parlementaire en 1999 pour son implication dans de nombreux incidents. Mais le soixantenaire a aujourd’hui troqué l’uniforme pour le costume, même si il n’avait jusqu’ici tenté l’aventure électorale qu’une seule fois aux dernières cantonales à Audincourt en 2021. Second avec 30,12 % des bulletins de vote, cette figure de l’extrême-droite est perçue comme en ballotage défavorable face à Dominique Voynet.

Il n’a jamais donné suite à nos demandes, ne nous laissant que ses interviews, débats et publications pour le cerner. Le leitmotiv dominant étant en phase avec son organisation, puisque essentiellement axé sur l’immigration et la sécurité. Reste un compte Facebook prolifique, qui entre deux partages de sites tels que « Boulevard Voltaire » et « FdeSouche » éclaire de son rapport à la presse… Parfois qualifiées de « merdias », les antennes comme France 2 concentrent son ressentiment ; mécontent d’un journal, il dénonçait « un exemple de prise de parti qui justifie la volonté de Marine Le Pen de supprimer le service public dans l’audiovisuel ». Les injures à l’opposition fusent également, taxant ainsi le LFI Allan Brunon de « sous-merde »

Pas de tête macroniste au second tour
Si la non-reconduction du sortant Éric Alauzet après trois mandats avait créé l’étonnement, il s’avère que cette récusation colle avec le rejet opéré par la majorité présidentielle de toute désignation d’un parlementaire qui avait manifesté une distance avec « loi immigration ». « Il avait émis des réserves sur ce texte et s’était finalement juste abstenu, c’est incroyable si c’est pour cela qu’il n’a pas été retenu. Il paierait donc pour ses positions de gauche, c’est quand même fabuleux » raillait un observateur. Une sanction sévère le cas échéant, mais qui n’a jamais été confirmée par le principal intéressé. Reste que le centre-droit Benoît Vuillemin avait le profil du poulain idéal, ce jeune cinquantenaire étant maire de Saône et vice-président de la métropole.

Arrivé troisième avec 26,79 %, ses partisans n’ont pas caché leur déception face à ce score modeste. Une amertume forte, provoquant une crise. « Je regrette que l’attitude irresponsable et indigne de Messieurs Fagaut et Grosperrin ait entrainé une dispersion des voix du camp républicain, pourtant majoritaire dans notre circonscription. Le ridicule de leur demande de retrait au profit de leur candidat Daniel Roy, qui atteint tout juste 7,52 %, ainsi que leur jusqu’au-boutisme partisan nous ont empêché d’être en tête du premier tour et ont fait le jeu des extrêmes » exposait un communiqué, le 2 juillet. Après une longue réflexion, le prétendant à la députation a décidé de se retirer du deuxième tour face au risque d’une victoire de l’extrême-droite.


Illustration : Dominique Voynet pour le « Nouveau Front Populaire », lors d’une rencontre à Besançon.