Conséquence des coupes budgétaires envisagées par le département du Doubs, le secteur social va être fortement impacté. Certes, les craintes étaient exprimées depuis déjà plusieurs mois, mais les dernières annonces dressent une situation jugée chaotique par les salarié·e·s et syndicats. Entre les baisses de financements et les menaces de fermetures de sites, la suppression de douze « éducateurs/éducatrices de rue » sur trente-huit, soit le tiers des effectifs totaux, apparaît comme la mesure la plus significative. Dans les quartiers prioritaires, où ces petites mains de la prévention spécialisée sont le plus investie·e·s, c’est autant de présence et de soutien en moins pour des centaines de bénéficiaires.
Pétition en ligne, lettre ouverte aux élu·e·s, préavis de grève… « On croit en nos missions, mais l’heure est grave » résumaient ce jour quelque vingt employé··s de l’ADDSEA (Association Départementale de Sauvegarde de l’Enfant et de l’Adolescent dans le Doubs). L’une rappelant aussi leur rôle, pour mieux saisir les enjeux : « À Besançon, Montbéliard, Pontarlier, nous sommes au quotidien sur le terrain, au pied des immeubles, dans les collèges, au sein d’associations… Nous participons à lutter contre la marginalisation et le décrochage scolaire, nous soutenons les parents en difficulté, nous encourageons le vivre-ensemble, nous permettons une alternative à des procédures telles que le placement ».
Si 1 076 jeunes et 297 familles ont pu être suivis en 2023, désormais, toutes et tous se dressent contre « la mort annoncée de leurs services ». « La conjoncture est compliquée depuis longtemps, on a dû jongler avec la dégradation des conditions de travail et la réorientation des demandes. Mais 30 % de personnel en moins, c’est inenvisageable. Nous allons devoir réduire les tournées, stopper des projets ou abandonner des territoires et populations. Nos décideurs/décideuses s’y étaient engagé·e·s, la protection de l’enfance ne devait pas être sacrifiée. C’est un choix politique. Comme dans le Nord, il est encore possible de machine arrière » reprenait un intervenant de Valentigney, particulièrement meurtri par la situation.
D’autres, comme un représentant CGT, de compléter la liste noire, non sans insister, d’abord, sur les dotations générales qui stagnent, les salaires modestes et le versement d’une prime SEGUR qui n’a été obtenue que de haute lutte. « Le service insertion subit la même hémorragie budgétaire, la mini-MECS est en sursis, les PAED ont été transformés en AEMO renforcée avec un forfait journalier passant de 76 à 34€, l’accueil des Mineur·e·s Non-Accompagné·e·s est souvent inexistant, trente-quatre lits HUDA ont été amputés en 2024. Avoir des gamins dehors était choquant il y a dix ans, désormais c’est devenu presque banal. Combien de temps est-ce qu’on peut encore tolérer cela, est-ce le modèle de société que l’on veut ? »
Les syndicats « CFDT-Santé sociaux du Doubs », la « CGT département du Doubs », la « CGT Action Sociale et Médico-Sociale », « Force-Ouvrière Action-Sociale » ainsi que « SUD Santé-Sociaux » appellent à la grève des salarié·e·s et à la mobilisation de la population. Un rassemblement est prévu le lundi 24 mars (12h00 esplanade des Droits Humains/13h00 Conseil Départemental du Doubs) et une manifestation le mardi 1er avril (14h00 Agence Régionale de Santé – pôle Viotte).
Illustration d’en-tête : Archive – Aperçu d’un cortège pour la défense du secteur social et médico-social, le 7 décembre 2021 à Besançon.