Ce samedi 15 mars, la Mairie organisait des « balades urbaines » aux Vaîtes. Après la relance de ce projet « d’éco-quartier » controversé, des phases dites de concertation devaient permettre d’engager le dialogue entre populations et autorités. Une volonté alléguée de débat, mais dont les cadres et les dénouements ne tolèrent que la construction des six cents logements et de l’école escomptés. Le tout s’accompagnant d’une communication bien huilée, entre un numéro de « Besançon Votre Ville » confinant à « la Pravda » et le concours d’une agence de communication payée, sur fonds publics, 70 000 euros, afin de rendre l’artificialisation des terres « glamour ». Le prix pour tenter de renverser une opinion qui, si elle était questionnée via un référendum par exemple, risquerait de nettement balayer les prétentions de la majorité.
À la suite de perturbations lors d’une réunion le 12 décembre, rebelote ce jour à l’occasion de venues sur le terrain. Décidé·e·s à abattre la vitrine concoctée, une trentaine d’opposant·e·s ont ouvertement exprimé leurs désaccords. Les agents de la société « ResPublica » et la poignée de badaud·e·s présent·e·s ont ainsi pu constater qu’un large comité d’accueil les attendait, transformant la visite du site en véritable chemin de croix. Trente minutes après son départ, le premier groupe capitule face aux pancartes, slogans et discours. « Nous ne pouvons continuer dans ces conditions, c’est pourquoi nous nous arrêtons là. Pour celles et ceux qui veulent connaître les grands axes à venir, vous pouvez nous laisser vos coordonnées afin que nous vous transmettions les éléments qui devaient être abordés » a fini par trancher, fébrile, le guide.
« Malgré un rejet massif et les décisions de justice défavorables, quelques élu·e·s et promoteurs entendent détruire nos parcelles, la biodiversité qu’elles recèlent et l’idée-même de vie que nous portons. Certain·e·s se battent depuis plus de quinze ans, ce n’est pas cette métropole soi-disant écolo qui va nous faire plier. Nous ne laisserons pas faire, cette bétonisation ne se fera pas ! C’est peut-être abrupt pour les salarié·e·s ici dépêché·e·s, d’ailleurs laissé·e·s bien seul·e·s dans ce marasme par leur donneur d’ordre. Mais face à ce simulacre de démocratie, il s’agit de notre dernier recours afin d’être entendu·e·s ! » rappelait notamment Claire Arnoux pour l’association « Jardins des Vaîtes », encouragée à travers des chants comme « des légumes, pas du bitume ». Avant de suivre l’exposé municipal, que d’autres ont volontiers transformé en plaidoyer maraîcher.
« Je suis paysanne ici, exploitante à côté d’un futur établissement scolaire, dont l’emplacement a changé trois fois de place ces dernières années. Mon AMAP fournit soixante paniers, on a nourri jusqu’à 105 familles. Les temps sont difficiles, mais j’en suis fière ! L’avenir cependant, je ne le connais pas. Tout le monde se fout de ma situation, à commencer par nos décideurs qui ne savent même pas que j’existe ! Alors votre coopération avec les gens sur place, laissez-moi rire » résume une agricultrice à une communicante. Un antagonisme consommé, qui pourrait se poursuivre le 30 mars prochain par un « temps de rencontre » des protestataires ; lequel·le·s, d’ici là, ont obtenu une entrevue avec la majorité, qu’ielles comptent honorer… « mais sans illusions sur les concessions possibles, que nous ne gagnerons que par le rapport de force » nous est-il dit.
Illustration d’en-tête : Aperçu d’un opposant au projet des Vaîtes prenant la parole, au sein du deuxième groupe de balade urbaine.