Les vendredi 21, samedi 22 et dimanche 23 mars à Maîche, avait lieu le carnaval de la commune. Un évènement majeur dans le Haut-Doubs Horloger, ayant réuni 15 à 20 000 spectateurs et spectatrices. Si les festivités ont été plébiscitées, le retour d’une « tradition » tenace n’a toutefois pas manqué de provoquer quelques vives réactions. L’alerte a ainsi été donnée dimanche soir par une internaute, qui a sollicité plusieurs médias locaux dont la rédaction « du Ch’ni ». Car sur place et à travers les réseaux sociaux, des habitant·e·s ont été heurté·e·s par la présence de protagonistes arborant un « black-face », pratique consistant à se grimer en une personne noire, avec de la peinture et des accessoires type perruques, le plus souvent lors de spectacles ou mises en scène, à des fins « humoristiques ».
La manifestation d’un racisme ordinaire pour bien des voix, provoquant des polémiques depuis plus de dix ans en France. Une réalité connue dans la petite cité, déjà lourdement confrontée à cette question en 2022. Alors qu’une élue au conseil départemental était « déguisée » de la sorte, « l’Est Républicain » publiait la photographie de l’intéressée. Loin de voir le problème, le quotidien, coutumier des dérapages nauséabonds, y ajoute alors cette légende stupéfiante : « on s’y croirait. Il ne manque que le bruit et l’odeur comme dirait Chirac ». Trois ans plus tard, le problème a cette fois été pris en compte, bien que noyé au milieu d’une quarantaine d’autres articles promotionnels. Aujourd’hui encore, la multinationale bancaire « Crédit Mutuel », maison-mère du journal, s’avère un financier et partenaire de cette date.
Reste qu’en 2025, nos sources ne pensaient pas renouer avec un tel fiasco. « Un char aux couleurs de la Jamaïque a été réalisé par des gens de Belfays, en hommage au film « Rasta Rockett ». Mais adultes et enfants ont poussé la caricature, jusqu’à adopter un accoutrement franchement limite. Peut-être n’ont-ielles pas vu le malaise, mais ce n’est plus possible de laisser passer cela. À Besançon, Montbéliard, Pontarlier, des milliers de personnes marchaient contre les discriminations, dans nos campagnes aussi, il est temps qu’on prenne en compte l’évolution de la société. Or à la place, mes commentaires « Instagram » et « Facebook » ont été censurés » nous relatait l’une d’elles. Contactées le week-end dernier et relancées en semaine par nos soins, l’association organisatrice et la municipalité ne donneront aucune suite à nos demandes.

Au cœur de la « petite Vendée comtoise », les mœurs politiques et sociales se sont longtemps inscrites dans une droite affirmée. « Jusque dans les années 2010, le secteur était marqué par un paternalisme patronal, une farouche identité religieuse, ainsi qu’une vision conservatrice. Mais paradoxalement, on pouvait y trouver une solidarité importante, y compris quand il s’agissait de défendre des réfugié·e·s intégré·e·s dans la communauté. Ces équilibres ont progressivement basculé vers une radicalité plus assumée, à l’instar de nombreux territoires du pays. Même sur Maîche-centre, le Rassemblement National est désormais un choix électoral majeur, oscillant entre 30 et plus de 40% des voix aux dernières échéances présidentielles, européennes et législatives » analyse un syndicaliste CGT y ayant des attaches familiales.
Mais preuve en est avec les signalements reçus, les réflexes antifascistes existent en ruralité. Nouveau contre-exemple, dans la vallée de la Loue : « Une résistance à l’extrême droite s’y exprime plus facilement au grand jour, sur fond de luttes écologistes et de réseaux de soutiens. Un collectif de citoyen·ne·s s’y était implanté durant l’été 2024, pour soutenir le « Nouveau Front Populaire ». C’est d’ailleurs Dominique Voynet qui l’avait emporté, avec une avance confortable dans presque toute la circonscription. 1 000 personnes étaient encore en cortège samedi dernier, pour préserver notre biodiversité. Évidemment, les choses sont plus divisées quand on creuse, mais c’est la démonstration qu’il n’y a pas de fatalité avec d’un côté des métropoles éclairées et de l’autre des zones arriérées » poursuit notre interlocuteur.
Illustration d’en-tête : Aperçu des protagonistes arborant un « black-face » auprès du char « Rasta Rockett », lors du grand défilé costumé du dimanche 23 mars – Capture d’écran « Facebook »/« Carnaval de Maîche ».